Le faucon et le lapin

18 Fév

À Belgrade, il neige, il fait froid. C’est pas vraiment grave, ça donne à la ville un air de vacances à la montagne et de moon-boots, et fait parfois oublier la boue de neige  à la maison et les mains qui gèlent. Mais.

Mais.

Il y a quelques jours, je faisais à Bijou part de mon étonnement quant aux rues bloquées par des bandes de plastiques. Que de scènes de crimes, m’étonnais-je au premier abord, un peu perturbée à l’idée de tous ces gens égorgés dans la nuit de mon voisinage.

Oh si ça n’avait été que ça.

La véritable explication me glaça le sang. Les bandes de plastiques délimitent, m’expliqua ce puits de savoir, les rues dans lesquelles des stalactites de glace risquent de se décrocher quatre étages d’immeuble plus haut, prendre une vitesse certaine et se planter dans le crâne de piétons imprudents.

Mais si là, derrière les arbres

Bijou, qui a habité dans le passé en Estonie – pays qui ne rime pas non plus avec plages de sable doré – ajouta qu’il avait pris conscience du phénomène là bas, les morts au stalactite passant aux infos d’hiver.

Gloups.

Depuis, ma perception de la ville a changé. Plus d’air de vacances à la montagne oh non, plus de sourires aux enfants en combi et luge à la main que l’on croise. Je marche l’oeil en l’air, guettant ces pics monstrueux prêts à s’élancer comme des faucons sur un lapin sans défense et à me faire quitter ce monde de façon trop saugrenue pour être triste.

Il arrive que des pensées vagabondes me fassent oublier le danger, et je me surprends parfois à marcher dans le couloir fatal, celui qui dans un monde parfait ne ferait craindre que les cacas de pigeons. Mon coeur s’accélère alors en pensant à toutes ces secondes, minutes peut-être, durant lesquelles j’ai caressé la mort sans le savoir.

Mais si, là aussi, sur la maison orange

J’y pense tellement qu’il y a quelques jours, marchant sur un trottoir tout en laissant prudemment de la place à gauche pour que le pic meurtrier jette son dévolu sur une âme inconsciente, j’ai sursauté de tout mon corps et poussé un petit cri tremblant après avoir entendu un bruit sec. Qui était certes peut-être celui d’une porte de voiture que l’on claque, mais aurait tout aussi bien pu être celui du stalactite prenant son envol.

Les piétons derrière moi ayant peut-être entendu le petit cri d’agneau qu’on égorge durant son sommeil, et probablement perçu le bond de cabri effrayé – un cabri dont les bras se seraient élancés pour défendre la tête – j’ai tenté de protéger ma dignité en terminant mon élan par un élégant réajustage de bonnet , et une petite toux.

Personne n’a été dupe, je le crains.

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2 Réponses to “Le faucon et le lapin”

  1. Maëlle 17 octobre 2012 à 11:09 #

    À en couper le souffle, je me remets à peine de ton article… ouf heureusement chez moi le soleil s’exhibe encore tout nu et très fier…

    • moi 17 octobre 2012 à 11:12 #

      Hé chez moi aussi aujourd’hui, les faucons ne seront de retour que dans quelques mois. Oh frayeur.

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